En montagne, on vit près du sol l'hiver. On s'assoit devant le poêle, on enlève ses chaussures à l'entrée, on étend les gants à sécher. Quand un bébé arrive, c'est aussi là qu'il passe ses journées éveillées. Les habitudes des maisons savoyardes contre le froid du sol valent pour n'importe quel appartement.
Un carrelage ou une dalle sur vide sanitaire reste froid même quand la pièce est chauffée. Un adulte debout ne le sent qu'aux pieds. Un enfant allongé ou à quatre pattes le sent sur tout le corps. Avant de monter le chauffage, on regarde donc le sol, là où l'enfant joue.
Pour s'en rendre compte, on s'allonge soi-même quelques minutes à l'endroit choisi. Si le froid remonte, le coin de jeu a besoin d'une couche entre lui et le sol.
Dans les chalets, on superpose. Un tapis de laine épais, un plancher en bois, parfois une peau posée par-dessus. Pour un bébé, on garde l'idée de la couche isolante et on la veut ferme, plate, facile à nettoyer. Une mousse d'un seul tenant, de quelques centimètres, coupe le froid du carrelage et ne s'écrase pas sous le poids de l'enfant. C'est le principe des tapis d'éveil en mousse, une couche de quelques centimètres d'une seule pièce sous une housse, qu'on pose sur le sol et qu'on roule quand on a besoin de la place.
La laine reste la matière du froid. Un plaid lourd sur le fauteuil du parent, un tapis de laine sous la table basse, des chaussons en feutre pour les plus grands. Autour du coin de jeu, elle réchauffe la pièce et absorbe le bruit des pas. Dessous, on lui préfère une surface plus ferme.
Les maisons de montagne ont des rideaux lourds et des boudins de porte. En ville aussi, le courant d'air passe au ras du sol, sous la porte d'entrée ou le long d'une porte-fenêtre. Un rideau en lin épais ou en laine, tombant jusqu'au sol, et un boudin de bas de porte règlent une bonne partie du problème. Le coin de jeu se place ensuite loin de ces deux endroits.
Un plancher en bois reste plus agréable au toucher qu'un carrelage. Quand on ne peut pas changer le sol, on ramène du bois autour. Une caisse en bois brut pour les jouets, un banc bas le long du mur, une étagère en sapin. Ces objets n'isolent rien, mais ils donnent à la pièce la chaleur visuelle des intérieurs de montagne.
Une couche ferme entre l'enfant et le sol, des rideaux jusqu'au sol, un coin de jeu loin des portes. Ce sont des gestes simples, que les maisons de Savoie appliquent depuis longtemps et qui fonctionnent aussi bien dans un deux-pièces en ville.